June 11, 2008...10:24 am

Reporters Sans Frontières: Mexique – Rapport annuel 2008

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La liberté d’expression a progressé juridiquement avec la dépénalisation des délits de presse au niveau fédéral. Dans les faits, le pays se maintient malheureusement au rang du plus meurtrier du continent pour les journalistes avec deux tués et trois disparus. Trois collaborateurs de médias ont également été assassinés et la compromission de certaines autorités locales avec le crime organisé n’incite pas à l’optimisme.

Les assassinats d’Amado Ramírez à Acapulco (Sud), le 6 avril 2007, et celui de Saúl Martínez Ortega, disparu puis retrouvé mort, le 23 avril, dans l’État de Chihuahua (Nord), ont coïncidé avec une vaste campagne policière et militaire engagée au niveau fédéral contre le narcotrafic et qui a fait, en trois semaines, près de 400 victimes. Correspondant de la chaîne nationale privée Televisa à Acapulco, Amado Ramírez a été tué par balles par un inconnu en sortant de son bureau. La direction du média a suspendu le programme d’information “Al tanto” qu’animait le journaliste, trois jours après sa mort. L’enquête a d’abord abouti à l’arrestation et à l’inculpation d’un suspect, Genaro Vázquez Durán, mais s’est enlisée au mois de novembre lorsque l’un des cinq témoins du crime a disculpé ce dernier.

L’enquête n’a guère plus avancé concernant l’assassinat de Saúl Martínez Ortega, 36 ans, directeur de la revue Interdiario et journaliste du quotidien Diario de Agua Prieta dans la ville du même nom (État de Sonora, Nord). Habitué des sujets sensibles, et en particulier le narcotrafic, la victime était en contact étroit avec Luis Angel Borboa Canchola, un ancien policier municipal en délicatesse avec les autorités, enlevé le 13 mars 2007 et retrouvé assassiné peu après. Saúl Martínez Ortega a connu le même sort un mois plus tard, alors que les autorités fédérales venaient de mettre sous les verrous une centaine de policiers locaux convaincus d’implication dans le trafic de drogue. L’affaire a suivi de près la mise en cause devant la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH), par un lieutenant de police de l’État de Sonora, de l’entourage du gouverneur Eduardo Bours dans la disparition, le 2 avril 2005 à Hermosillo, la capitale de l’État, du journaliste Alfredo Jiménez Mota, du quotidien El Imparcial.

Têtes coupées sous pli

Le mobile reste à établir dans l’assassinat par balles d’un troisième journaliste, Gerardo Israel García Pimentel, du quotidien régional La Opinión, le 8 décembre 2007 à Uruapán (État du Michocán, Ouest). L’État du Michoacán n’en reste pas moins l’un des nouveaux viviers du narcotrafic et l’un des lieux d’émergence, en 2006, d’une véritable campagne de terreur contre la presse consistant à envoyer des têtes de cadavre aux rédactions. Ces “narcomessages” ont eu cours au mois de mai, toujours en pleine campagne de répression contre la narcotrafic, dans certains États du Sud et Sud-Est connus pour être d’importants points de transit de la drogue ou de la contrebande, comme ceux de Veracruz ou de Tabasco. Visée au mois de mai par un colis suspect, qui s’est avéré être une glacière contenant une tête coupée, la rédaction du quotidien Tabasco Hoy a également perdu l’un de ses rédacteurs, Rodolfo Rincón Taracena, disparu le 20 janvier alors qu’il venait de boucler deux articles, l’un consacré au narcotrafic et l’autre à une série de braquages de banques.

Portant à sept le nombre de journalistes disparus depuis 2003, Gamaliel López et son cameraman, Gerardo Paredes, de la chaîne TV Azteca à Monterrey (Nord-Est), n’ont plus donné signe de vie depuis le 10 mai 2007 et les recherches des unités anti-enlèvements de la police de l’État n’ont rien donné. Gamaliel López avait couvert, pendant six mois, la présence locale de l’armée et révélé certaines affaires de corruption.

La dure loi des États

Élu de justesse, le 2 juillet 2006, et confronté à un Congrès également réparti entre les trois principales forces politiques du pays, le président Felipe Calderón, issu du Parti d’action nationale (PAN, droite conservatrice) doit compter avec l’arbitrage du Parti révolutionnaire institutionnel, qui a gouverné le pays sans discontinuer entre 1929 et 2000. Cette configuration joue également entre le gouvernement fédéral et ceux des États, encore majoritairement aux mains du PRI. Elle explique en partie la difficulté pour la justice et l’exécutif fédéraux à faire avancer la lutte contre l’impunité et à déjouer les entraves des autorités locales à la liberté d’expression. Le peu de cas que font certaines administrations régionales du droit d’informer s’est une nouvelle fois traduit, en 2007, par des saisies de journaux, des actes de censure ou encore des tentatives de fichage de journalistes, comme dans une municipalité de l’État de Guanajuato (Centre). Le 24 novembre 2007, le gouvernement de l’État de Chihuahua a très officiellement opposé une fin de non-recevoir à une recommandation de la CNDH concernant l’agression de trois journalistes par des policiers de l’État.

Le comble du scandale et de la complaisance politicienne a été atteint lorsque la Cour suprême de justice de la nation (SCJN), la plus haute juridiction fédérale, a définitivement blanchi, le 29 novembre, le gouverneur de l’État de Puebla, Mario Marín, de toute implication dans l’arrestation arbitraire de Lydia Cacho, en décembre 2005. De forts soupçons pesaient pourtant sur l’élu, depuis que W Radio, une filiale de Televisa Radio, et le quotidien La Jornada, avaient rendu publiques des conversations entre Mario Marín et son ami José Camel Nacif, mis en cause dans un livre de la journaliste publié en 2004, “Les Démons de l’Eden”, pour son appartenance à un réseau pédophile. Le gouverneur et le patron d’entreprise auraient même suggéré “en plaisantant” de violer Lydia Cacho durant son transfert entre l’État du Quintana Roo, où elle réside, et Puebla. La SCJN a jugé que ces documents n’avaient pas de “valeur probatoire”. Le 3 janvier 2008, la journaliste de W Radio, Carmen Aristegui, qui en avait révélé l’existence, a vu son contrat résilié, au motif que son émission ne cadrait plus avec la “ligne éditoriale” de la statio

Dans l’État de Oaxaca (Sud), secoué par une grave crise sociale et politique au cours de laquelle le cameraman d’Indymedia, Brad Will, avait trouvé la mort, à l’automne 2006, le gouverneur Ulises Ruiz Ortíz n’a jamais été inquiété pour ses abus de pouvoir. Outre l’impunité qui continue d’entourer l’affaire Will, l’hostilité envers la presse reste vive comme en ont témoigné les deux attentats, le 12 juin et le 5 août, contre respectivement Misael Sánchez Sarmiento, du quotidien El Tiempo et auteur d’une enquête sur la mort du jeune journaliste américain, et Alberto Fernández Portilla, directeur de l’hebdomadaire Semanario del Istmo et d’un programme de la station de radio XEKZ. Et c’est encore à Oaxaca que Agustín López, Mateo Cortés Martínez et Flor Vásquez López, distributeurs du quotidien local El Imparcial, ont été tués par balles, le 8 octobre, provoquant plusieurs démissions par crainte d’autres représailles au sein de la rédaction.

Dépénalisation

A défaut de garantir l’État de droit au sein des États, le gouvernement fédéral pourra au moins les soumettre sur le terrain juridique. La promulgation par Felipe Calderón, le 12 avril après le vote du Congrès, de la dépénalisation au niveau fédéral des délits de “calomnie”, d’“injure” et de “diffamation” oblige, en effet, les législations des États à évoluer en conséquence. A l’heure de la promulgation, seuls trois États avaient modifié leur code pénal : la Basse-Californie, Jalisco et le District fédéral. Au Chiapas, le délit de “diffamation” était jusqu’à présent passible de neuf ans de prison ferme et d’une amende équivalant à neuf fois le salaire mensuel minimum.

* Reporters Sanz Frontières

* http://www.rsf.org/article.php3?id_article=25545

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